Tête à Tech

Episode 71: économie du savoir et taxe sur les téléphones

Episode Summary

Dans cet épisode, Awa et Jeremy se posent pour parler de l'économie du savoir et de la phone tax au Cameroun.

Episode Notes

Dans cet épisode, Awa et Jeremy se posent pour parler de l'économie du savoir et de la phone tax au Cameroun. 

Envie de discuter? On est dispo sur nos twitter persos @YepItsJeremy et @TechnicallyAwa ou sur @TeteATechShow.

Économie du savoir:

#EndPhoneTax

le RGPD Chinois 

 

 

Episode Transcription

Jeremy: L'économie du savoir dans un monde hyperconnecté.

Je me considère comme un touche à tout. Je vais me passionner pour un sujet et creuser tout ce qu'il y a savoir pendant quelques semaines avant de passer à autre chose. Et souvent, je fais ça gratuitement ou à un prix modique. Comment ? Grâce à la magie de l'internet multimédia bien sûr!

Dans cet épisode, j'avais envie de parler du changement que l'on aperçoit dans l'économie du savoir. Par économie du savoir, j'entends l'accès à la connaissance et les transactions qui sont faite pour obtenir cette connaissance. Je disais à l'instant qu'étant un peu touche à tout, je vais m’intéresser à pleins de sujet différents et c'est d'autant plus facile que de nos jours, un coup de moteur de recherche, quelques clics et tu peux tomber sur ce que tu cherches. Puis en allant de lien en lien, tu vas découvrir des nouveaux sujets, lire des critiques, des critiques de critiques, etc etc.

Et ceci, sur tous les sujets, même les plus particulier. C'est d'ailleurs pour ça que j'adore Twitter, c'est pour moi l'outil qui me permets de découvrir chaque jour des univers entiers que je ne pouvais même pas imaginer. J'ai pu découvrir des experts sur le monde de la logistique, la gestion de produit, l'éthique dans la tech, le business de l'esport, les origamis, les logiciels libres, le pixel art, les créateurs de contenus etc etc Souvent, ces personnes qui détiennent une connaissance profonde d'un ou plusieurs sujets ont tendance à livrer gratuitement des analyses ou des réflexions d'une qualité éblouissante.

Et je trouve ça intéressant de comprendre quel peut être la motivation de partager son expertise, surtout si ce n'est pas contre de l'argent. Evidemment, y'a une tonne d'explication comme l'envie de partager, être en contact avec sa communauté etc etc. Mais pour cet épisode, je vais m'appuyer sur un essai "A la conquête de la noosphère" écrit par Eric Raymond pour faire le lien entre l'économie du savoir et la culture du don. Ecrit en 1998, l'essai "A la conquête de la noosphère" explique la motivation et les normes sociale derrière le mouvement des hackers et du logiciel libre. Il décrit un monde post-pénurie où l'échange économique est la norme et que l'économie des échanges permets d'assigner une valeur objective à chaque chose. Et lorsque nous vivons dans un monde d'abondance, ou il n'existe plus de friction ni de pénurie, ici la noosphère (ou la sphère de la pensée humaine) un nouveau type d'économie émerge. C'est la culture du don.

Il affirme que l'Homme est naturellement compétitif et chercher à atteindre le statut social le plus élevé. En fonction du degré de pénuries, l'Homme s'organisera de façon différente et chaque organisation à son propre jeu de règles pour la progression sociale d'un individu.

Le modèle le plus simple est le pouvoir centralisé. Dans ce système, la répartition des ressources rares est faite par une autorité centrale qui est maintenu par la force. Mais ce pouvoir centralisé n'est efficace qu'à petite échelle. Il devient d'en plus en plus violent et inefficace lorsque sa taille augmente. Il indique que ce modèle est souvent parasitaire d'un autre model d'économie et que le statut social à l'intérieur de ce modelé est souvent déterminé par l'accès à un pouvoir répressif.

Le modèle suivant, celui de notre société, est celui de l'économie d'échanges. C'est une façon sophistiquée de s'adapter aux pénuries et qui contrairement au pouvoir centralisé, s'ajuste plutôt bien aux changements d'échelle. La répartition des ressources est faite de manière décentralisée à travers le commerce et la coopération volontaire. C'est pour lui la nature compétitive de l'homme qui le pousse à épouser un comportement de coopération. El famoso "Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin". Dans ce modèle, le statut social est déterminé par le contrôle que l'on a sur les marchandises à utiliser à commercer.

Eric Raymond explique que l'armée, le crime organisé ou le gouvernement (Ouais, on ne va pas oublier que derrière toute la philosophie des hackerz du libre, y'a un goût prononcé pour le libertarisme et que de facto, le gouvernement c'est forcément caca) sont des pouvoir centralisés parasitant une économie d'échange plus vaste.

Mais au-delà des gouvernements, au-delà du marché libre, il existe un troisième modèle. Un modèle Radicalement différent : La culture du don.

Les cultures du don ne sont pas des réponses à des pénuries mais à une abondance. Elles surviennent dans des populations qui ne souffrent pas de carences ou qui ne manque pas de biens de première nécessité. On peut tout à fait observer une culture du don chez certains peuple aborigènes vivants dans des zones au climat doux et à la nourriture abondante comme on peut l'observer dans certaines strates de la société occidentale, que ça soit dans le monde du business, du spectacle ou tout simplement les ultra-riches. C'est d'ailleurs pour ça que les milliardaires sont souvent aussi des philanthropes : Si tu vis dans une sphère sociale où tout le monde a tellement d'argent qu'ils ne savent pas quoi en faire, ta valeur en tant qu'individu ne vient pas de ce que tu peux contrôler mais de ce que tu peux te permettre d'offrir et de partager sans contrepartie.

On va en finir avec cette analyse de texte parce que ça repart sur l'univers des hackers et du libre mais ce qui est intéressant est la coexistence de ces modèles : Le pouvoir centralisé co-existe avec l'économie d'échanges et l'économie d'échanges co-existe avec cette culture du don. Chaque modèle d'économie appelle un type de travail différent.

Dans le modèle qui nous intéresse, la culture du don, le travail effectué est un travail de simplification, communication, sélection et de synthèse. Ce podcast est un parfait exemple. Pour chaque épisode, nous lisons, étudions, écrivons, synthétisons des idées qui nous intéresse pour vous offrir en 10 minutes le résultat du travail de dizaines ou de centaines de personnes. Nous ne monétisations pas le podcast, il n'y a pas de transaction entre nous et l'auditeur MAIS POURTANT, nous participons à une économie. Par la création d'un contenu de qualité, nous sommes (on l'espère) reconnus comme des experts dans la tech. Et c'est là que ce situe la transaction car je pourrais vous parler de pleins d'autres sujets mais j'ai choisi un sujet qui est utile pour moi et intéressant... pour vous. Même si on parle de pleins de sujet différent, ce podcast est un travail qui se concentre sur l'analyse des impacts de la technologie sur la société avec un grand S.

Un autre point intéressant avec cette culture du don est que ce modèle transactionnel fonctionne convenablement lorsque le cadeau échangé a une valeur bien connue mais fonctionne encore mieux lorsque la valeur de ce don est difficile à mesurer. Il est beaucoup plus difficile de mesurer la productivité "objective" dans un métier dit intellectuel que dans un métier dit manuel. Sur une chaîne de fabrication, nous pouvons mesure la valeur du travail par la quantité d'objet construit par exemple alors qu'il est plus difficile de mesurer la valeur d'un document écrit par un chef de projet à La Défense. Et il se trouve que c'est beaucoup plus facile de s'envoyer du texte à travers Internet que des chaises. L'économie se virtualisant toujours plus, la curation et la création d'un contenu inédit est de plus en plus apprécié non seulement en tant que don mais en tant que produit mercantile

Dans cet épisode je rattache cette culture du don à un moyen d'acquérir un statut social, statut social qui peut offrir des avantages. Mais ce débordement est au final assez nébuleux, ça peut être l'accès à des cercles sociaux ou une opportunité professionnelle. Pour "optimiser" ce débordement, certaines personnes qui offraient énormément de contenu gratuitement propose ce même contenu derrière des newsletters payantes par exemple. Ce qui fait qu'actuellement, 2 modèles sont en compétition dans l'économie du savoir sur le web : Ceux qui croient en cette culture du don et qui continue à créer et réfléchir en public et ceux qui utilise cette "culture du don" pour capter un public leur permettant derrière de leur vendre un produit ou un service.

 

Awa: Cameroun Crisis

Les réseaux sociaux au Cameroun ont explosé avec une campagne pour que le gouvernement arrête la mise en place d'une nouvelle méthode de paiement des frais de dédouanement pour les appareils mobiles importés. Cette méthode fait peser la charge du paiement à l'utilisateur final en cas de défaillance de l'importateur.

La mesure, qui rend le dédouanement obligatoire pour tous les téléphones entrant dans le pays immédiatement, devait officiellement entrer en vigueur le 15 octobre 2020.

Les services des douanes et de la fiscalité du Cameroun ont essayé de convaincre les citoyens de la nécessité du nouveau mode de paiement de la taxe, mais comme tu peux t'y attendre, personne n'y croit.

Sur Twitter, tu as pu voir le hashtag #EndPhoneTax qui a pas mal tourné avec plus de 18 000 tweets déjà. Même Samuel Etoo s'est exprimé contre cette mesure.

Ce qui semble avoir irrité les Camerounais à propos de cette nouvelle mesure est que le paiement des frais de dédouanement d'un téléphone peut reposer sur l'utilisateur alors qu'il n'a aucune idée de la manière dont le téléphone a été importé dans le pays.

Pour mettre en place cette mesure, le gouvernement a expliqué qu'une plateforme de facturation automatisée, qui a déjà été construite pour recevoir les paiements de dédouanement, sera reliée au fournisseur de réseau mobile de l'utilisateur, ce qui permettra de débiter automatiquement son compte

Ce qui exaspère et fâche les utilisateurs, c'est le taux de paiement ! Les agents du fisc ont déclaré qu'il sera de 33% du prix total de l'usine du téléphone en question.

Pendant des conférences de presse, le gouvernement a essayé d'expliquer la situation. Selon eux, l'impôt en question n'est pas nouveau, mais ce qui est nouveau, c'est le système par lequel il serait payé. Ils expliquent que les importateurs ont, au fil des ans, omis de payer les droits de douane pour les téléphones aux différents points d'entrée - d'où la nécessité pour le gouvernement de mettre en place de nouvelles stratégies pour s'assurer que ces paiements ne sont plus contournés.

La plate-forme de paiement électronique prévue est déployée par une société qui s'appelle Artificial Intelligence Technology (ARINTECH) SARL. Elle travaille avec les services gouvernementaux au Cameroun pour s'assurer que les TELCO configurent leurs systèmes de manière à éviter toute connexion à leurs réseaux respectifs par des téléphones et des tablettes non autorisés.

Le Cameroun est quand même un marché en plein essor pour les téléphones mobiles et autres appareils mobiles. Selon les dernières statistiques, le pays comptait au moins 23 millions d'abonnements à la téléphonie mobile en janvier 2020, ce qui représente environ 90 % de la population totale. Les chiffres de la direction générale des douanes du pays indiquent également qu'environ quatre millions de téléphones sont importés dans le pays chaque année.

4 jours après la date de début de cette nouvelle loi, Paul Biya, chef de l'état tant apprécié demande à son premier ministre de suspendre cette loi.

C'est toujours fascinant de voir le tryptique entre la déconnexion d'un gouvernement, les besoins de son peuple, et son manque d'informations sur les nouvelles technologies.

Surtout que globalement, le but de cette taxe, c'était de faire rattraper par les citoyens, le travail mal fait des douaniers.

Plusieurs personnes ont aussi fait remarquer le cercle vicieux qui aurait démarré : une augmentation de cette taxe aurait entrainé une baisse des achats de smartphones, donc une baisse des revenus des opérateurs téléphoniques, donc une baisse de taxations pour le gouvernement

Awa: China RGPD 

Sujet trouvé dans Tech Trash, la newsletter shitpost tech Top 2 et pas n°2 comme dirait Beyoncé.

Il y'a une 10aine de jours, la Chine a proposé la 1ère version de sa loi sur la protection des données personnelles.

Elle clarifie la définition des données privées sensibles, y compris la race, l'origine ethnique, la religion, les données biométriques, les données médicales et financières, et la trajectoire personnelle.

Elle précise que ceux qui enfreignaient cette loi pourraient être condamnés à une amende pouvant atteindre 50 millions de yuans (7,4 millions de dollars), soit 5 % du chiffre d'affaires de l'année écoulée.

Cela va évidemment va perturber les entreprises qui jusqu'à présent ont collecté, utilisé et échangé illégalement des informations personnelles à des fins lucratives.

En comparaison, avec le RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), le montant des sanctions pécuniaires peut s’élever jusqu’à 20 millions d’euros ou dans le cas d’une entreprise jusqu’à 4 % du chiffre d’affaires annuel mondial.

Les autorités chinoises, vont pouvoir faire une évaluation de sécurité de tous les opérateurs d'infrastructures d'information clés et les entités qui traitent une quantité importante d'informations personnelles devant être fournies à l'étranger.

Et s'il s'avère que des organisations ou des individus étrangers ont porté atteinte aux droits des citoyens chinois en manipulant des données privées, ou sont impliqués dans des activités qui nuisent à la sécurité nationale et aux intérêts publics, ils seront inscrits sur une liste noire par l'Administration du cyberespace de la Chine.

Cette dernière clause vise les boites tech étrangères, en particulier aux États-Unis, étant donné que certaines plateformes de réseaux sociaux ont eu des fuites de données ces dernières années. Par exemple, en août 2019, Twitter a réglé un problème sur sa plateforme publicitaire. Twitter partageait des données de certains utilisateurs avec des partenaires publicitaires sans le consentement de ces derniers. Plus tôt dans l'année, la base de données de Facebook a divulgué les numéros de téléphone de 419 millions d'utilisateurs.

Dans un pays où le social score existe et que toutes les interactions créent des données qui ont une influence bien réelle sur la vie des individus, je m'étonne que cette loi n'arrive que maintenant.